Les sondages vous mentent. Vous aussi.

On pose souvent aux électeurs une question qui a l’air simple : pour qui allez-vous voter ? Le problème, c’est qu’en politique, cette question n’est presque jamais simple. Elle demande à quelqu’un de parler de lui, maintenant, à un inconnu, sur un sujet chargé moralement, socialement, parfois même affectivement. Elle ne mesure donc pas seulement une intention. Elle mesure aussi ce qu’une personne est prête à admettre d’elle-même.

Et c’est peut-être là que commence le malentendu. On a longtemps traité le sondage comme un thermomètre. Comme si l’opinion était une température intérieure qu’il suffisait de relever proprement. Mais un sondage politique n’est pas une prise de sang. C’est une scène sociale. On y répond avec des convictions, bien sûr, mais aussi avec de la pudeur, du calcul, de la désirabilité, parfois de la honte, parfois simplement avec l’envie de ne pas avoir l’air de ce qu’on est en train de devenir.